Ainsi, notre foi est vaine sans la Résurrection. Ami lecteur, je n’y suis pour rien, c’est quand même du Saint Paul (1 Co 15, 14-17) ! Sans Jésus Ressuscité, vaine est notre espérance. Sans la sortie du tombeau d’un juif divin de Palestine autour de 33 de notre ère, chanter des Alléluias Hosanna devient aussi creux qu’un discours de remise de Palmes Académiques. Sans une étrange mutation sur un corps supplicié d’une trentaine d’année, communier pieusement à genoux et sous bâche mantillée aussi inutile qu’un répertoire des rues de Pékin à Tombouctou. Sans le corps glorieux mystérieux du Fils de Marie la silencieuse, bavasser le Notre Père en se tenant par les mains lesfrèreslessoeurstoussa aussi couillon qu’un prospectus d’hypermarché de Noël. Et le point de départ de cette Résurrection est bien la naissance dans la paille – placenta et enfantement -, trente ans de labeur – bois et rabots -, trois ans de prêche – marche et parole – et trois jours d’agonie et de mort - Crux et silentium.
Dans cette perspective incarnée, charnelle, il est parfois urgent de penser ce « cœur de business » du christianisme beaucoup plus que l’outillage, le média, le support. En se focalisant sur les compas et les règles, les projets pastoraux, les processus et les réunions de GAP et autres EAP, les réseaux sociaux et la réfection du site diocésain,on en oublie le Vivant lui-même, le Christ. En privilégiant la tuyauterie, la mécanique, les technocrates robots à la Bernanos en oublient la liberté inouïe qu’apporte la victoire once for all sur la mort.
Sous cet angle, le christianisme me paraît alors et en première approche, moins l’affaire de la diffusion d’une parole et d’un calcul sordide, mais de l’incarnation d’un Dieu. Moins un message humano-sympathique que la folle espérance libératrice que le Tout-Puissant est ici, déjà. Moins un règlement éthico-légaliste républicain vanté par un cardinal que la mort à soi-même et l’enivrante vie du Christ en nous-mêmes.
Poussant plus loin les feux, et voyant à quel point les géomètres à la St-Exupéry exultaient de leurs cercles et de leurs droites (Tisserands 2012), je me demande à quel point on ne confond pas l’agitation périphérique avec l’oeil du cyclone.
Depuis l’irruption du CD dans les années 80, le numérique nous donne l’illusion de l’immortalité. Immortalité de nos loisirs musicaux, copie illimitée de nos souvenirs gravés dans la silice d’une puce en poche, infini de notre jeunesse photographiée dans un carte SD. Il serait idiot de rappeler à quel point cette éternité reste factice, fausse. Car la réalité ultime, c’est celle de notre mort, de la pourriture charnelle et du cœur qui bat une toute dernière fois. Un sursaut, un spasme, un éclair dans l’oeil qui se ferme et plus rien. Plus rien de visible. Cela, le numérique le nie de son Cloud omniscient, de ses sauvegardes tripliquées, de son GSM universel, de ses écrans permanents.
On sait à quel point il est détestable dans certains presbytères de parler du péché (soeur X, Lamballe 22, 2011), mais le Catéchisme de l’Église Catholique rappelle quand même non seulement le sens du péché (n° 1846 sq.), mais aussi le sens de l’irréversibilité de nos actes pécheurs (la peine temporelle). In Real Life, there’s no CTRL+Z, pas de back-up : en dehors du numérique, le temps avance et l’entropie se recale à la vitesse de nos manquements.
Et que dire de ces amis bidons, de ces relations intouchables, de ces tapeurs du compteur, et de l’indécent étalement des sentiments ? Quelle réalité de l’individu en 4 pages HTML ? Quelle dissertation en 140 signes ? Quel sens du cœur à cœur sur les sites de la désolitude tarifée ? Quelle libération dans l’aliénation du 50 Hz screenesque ? Quelle incarnation dans la réduction du net ? Quelle humanisation dans les bulles geekesques robotisés ? Quelle liberté sur les autoroutes fliquées des e-commerçants ?
Et pourtant nos contemporains attendent une vie vraie, balançant entre nature et divinisation, entre don et grâce, entre découverte intime de Dieu, paix et clarté de l’action. Et la réalité du Christ en 2012, cette vie éternelle déjà commencée dans l’intimité de nos vies les plus pourries, me paraît bien plus forte que l’outillage des géomètres. Car nous croyons en un « Dieu personnel qui gouverne les étoiles, à savoir l’univers ; ce ne sont pas les lois de la matière et de l’évolution qui sont l’instance ultime, mais la raison, la volonté, l’amour – une Personne » (Benoît XVI, Spe Salvi, 2007).
Bref, miser sur le net pour parler d’un Dieu incarné, ouais, bof. A faire comme on vote, sans forcément d »illusion sur la vérité.
Je préfère la tache d »huile de ma prière et de ma transparence.
PS : et à ceux qui ronchonneraient de mon passéisme, je vis du net. Comme j’aurais pu vivre de quincaillerie.


