
** Rédigé pour la fête de saint Thomas d’Aquin **
Charité, réalité plus qu’éminente, mais si dévoyée… Plus grande que toutes les choses, elle sert à les justifier toutes. Elle aime en chaque chose ce qui est bon, parce qu’elle aime comme Dieu, ce qui est de Dieu, en chaque chose. Un catholicisme engagé dans la cité, dans la pensée, dans le monde, s’y avance en charité. Non pas mollement, mais tout en puissance. Non pas de lui, mais de la grâce. Tel un athlète de la charité.
Un regard puissant
Le regard de charité dissipe les ténèbres, pour ne laisser transparaître que la lumière. Notez bien : le regard de charité dissipe les ténèbres, il ne se plie pas devant elles, ils ne les accepte pas, ne s’agenouille pas devant le mal. Mais il le dissipe. « La charité établit une séparation entre les enfants du royaume des cieux, et les enfants de perdition, et c’est celle-ci suffit au mérite.» (saint Thomas d’Aquin). La charité ne veut pas perdre. Elle veut gagner, et son prix, c’est le Royaume. C’est en quoi consiste son éminence.
Une éminence de conversion : « nous convertir veut dire : tout convertir, notre volonté comme le monde entier » (Jean-Luc Marion, Le croire pour le voir, Parole et silence, Paris, 2009, p. 90). Mais attention : ce n’est pas nous qui convertissons, c’est la charité qui nous converti. Et parce qu’elle ne dépend pas de nous, ne dépend pas de nous non plus ce qui est à voir – et donc à aimer. « Ce qui est à voir» se révèle : c’est en quoi et pour quoi nous avons en dépôt une Révélation. C’est pourquoi aussi nous n’aimons pas ce que nous voulons aimer, mais nous aimons ce qui nous est donné à aimer – nous-même, nos proches, notre terre.. et Dieu, qui se donne en tout.
« Mon cher »
Ce qui nous est donné à aimer par la charité est inestimable. La caritas accentue la véhémence de l’amour car l’aimé est considéré au delà de tout prix (inquantum dilectum sub inaestimabili pretio habetur), dans le même sens où nous disons que les choses (le coût de la vie, les achats) sont chers. Aussi, lorsque nous disons « mon cher ami » ou « mon cher Thomas », nous usons de métaphores sur le prix, sur la valeur, sur l’estimation d’où nous déduisons notre appréciation.
L’esprit médiéval ne trouve rien de choquant à ce que le terme « charité », choisi pour désigner l’amour de Dieu (et l’amour du prochain pour l’amour de Dieu), soit le mot pré-chrétien associé à l’argent et au prix ; la charité, l’amour pour l’aimé montre que ce que nous considérons d’un grand prix (une chose, un objet) est très cher : Caritas dicitur, eo quod sub inaestimabili pretio, quasi carissimam rem, ponat amatum caritas (In III Sent. d.27, q.2, a.1, ag7). Bref, nous n’aimons que ce qui est estimable. Mais ce n’est pas nous qui créons l’estimabilité des choses. C’est elle qui s’impose à nous.
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La charité est une vertu théologale : non pas qu’elle rende divin ce qu’elle touche, mais elle se divinise d’aimer ce qui est divin – et de repousser ce qui est mauvais. Mais, parce que la charité nous fait voir l’inestimable, elle nous entraine dans une course vers lui, et dans un dépouillement de ce qui ne l’est pas. La charité révèle un trésor, et tel l’homme qui vend son champ dans l’Evangile, donne tout ce qu’il a et cours se l’approprier. Rien à voir avec un catholicisme mou, qui se complait dans des arrangements avec le monde, le mal, et se pare de la « charité » pour mieux «ralentir», «tempérer» le mouvement ardent de l’amour. Si vous saviez ce qui vous est promis ! Vous ne seriez pas aussi mous ! L’Eglise et ses fidèles, le Corps mystique tout entier, gagneraient à retrouver cette puissance, cette volonté, cet esprit de compétition pour posséder ce qui est (véritablement) cher…
© Vivien Hoch, pour Itinerarium
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Étienne Gilson, Textes sur la morale


Lorsque l’on voit certaines causeries parfois, ou les traits lancés sur telle propositions politique, on se dit « diantre ! le Fâcheux de Cyrano ! » -Acte 1 Sc 4. Tournons dans le vide & le creux avec notre cour pour ne rien dire !
Par contre, ici, on a du lourd, Cyrano lui-même !
Bon, ma comparaison vaut ce qu’elle vaut, mais à moi elle me plaît bien.
Certaines kozeries, non ?
Merci cher Jean !