05222013Headline:

Rémi Brague : « nous ne sommes peut-être qu’au tout début du christianisme »

Le mensuel italien « Les 30 jours » produit un entretien avec l’éminent philosophe Rémi Brague, membre de l’Académie catholique de France. Un entretien détonnant, où ce dernier distingue notamment les « chrétiens » qui croient au Christ des « christianistes« , qui défendent la civilisation chrétienne et la positivité de son histoire – sans toutefois, précisons-le, les opposer frontalement. Parce que le christianisme « traverse les civilisations« , plutôt que n’en est prisonnier. Une hypothèse intéressante, mais discutable.

Notre-Dame de Paris, par Vivien Hoch

C’est dans son livre Europe. La voie romaine – traduit en quinze langues – de 1992, que Rémi Brague introduit la distinction que l’on connaît entre chrétiens et “christianistes », à savoir entre ceux qui croient au Christ, et ceux qui défendent la civilisation chrétienne – ce qui peut aller ensemble. Mais Rémi Brague distingue toutefois les deux, et appelle les chrétiens à se recentrer sur leur salut en Jésus-Christ, laissant choir un peu « les choses de ce monde ».

Le   »Christ n’est pas venu pour bâtir une civilisation, mais pour sauver les hommes de toutes les civilisations« , traversant les diverses sociétés, en cherchant à y pêcher des âmes à sauver. Aussi, « ce qu’on appelle “civilisation chrétienne” n’est rien d’autre que l’ensemble des effets collatéraux que la foi au Christ a exercés sur les civilisations qui se trouvaient sur son chemin ». Il faut donc se méfier, à propos de l’instrumentalisation de la foi en Dieu par certaines visées politiques, à propos notamment de l’Action française :  » au fond, c’était une idolâtrie dans ce qu’elle a de pire : mettre Dieu au service du culte de soi-même ». 

« LChrist n’est pas venu pour bâtir une civilisation, mais pour sauver les hommes de toutes les civilisations« 

De l’autre côté, c’est cette inculturation propre au christianisme qui lui permet d’être si vivace. Il a une “culture d’insertion” – par opposition aux “cultures de digestion” (l’Islam par exemple…), qui lui permet de traverser les siècles et les civilisations, et de ne, peut-être, jamais disparaitre.

Mais faut-il opposer aussi abruptement les défenseurs d’un ordre chrétien avec les chrétiens de foi ? Évidemment, « ce qu’il y a de chrétien chez les chrétiens, c’est le Christ » (Saint Augustin), et on ne saurait réduire le Christ à des pratiques politiques. Mais il ne faut pas atténuer la portée incarnée de l’Eglise de Dieu, y compris dans son pendant temporel et mondain, socle nécessaire pour présenter les propositions de foi. Nous ne pouvons être un chrétien vivant de grâce et de théologalité sans vouloir le salut de l’ensemble de ses contemporains, car nous sommes pas des êtres sotériologiquement solitaires. La Bible décrit ces profondes et constantes interractions entre ce que font les hommes et ce que veut Dieu (ce dernier ne voulant certes pas forcément « ce que l’on veut », comme le dit Rémi Brague, mais tout le jeu consiste à les faire coïncider).

  »ce qu’il y a de chrétien chez les chrétiens, c’est le Christ« 

Qu’en bref, la christianité (défense de la civilisation chrétienne) s’insère fondamentalement et essentiellement dans la vie de foi, même s’il ne s’agit pas de défendre statiquement l’histoire, mais plutôt de perpétuer ce geste proprement chrétien qui est celui d’aller puiser avec grâce et beauté à la source de toute vie et de toute en-vie d’aller de l’avant…

Concédant toutefois, à la fin de son entretien, que « ceux qui défendent la valeur du christianisme et son rôle positif dans l’histoire me sont bien sûr plus sympathiques que ceux qui le nient. Je ne veux pas les décourager. Je souhaiterais même qu’ils soient plus nombreux en France. Mais ce n’est pas parce qu’ils sont des “alliés objectifs”. C’est tout simplement parce que ce qu’ils disent est vrai.« … En finissant même par reconnaitre les erreurs de cette civilisation « post-moderne » : « Il est vrai que nous sommes malades. On peut appeler les symptômes les plus alarmants “relativisme” et “nihilisme. »Merci de reconnaitre, M. Brague, que le déficit civilisationnel du christianisme est aujourd’hui patent, et dramatique.

Lire l’entretien de Rémi Brague sur Les 30 jours. 

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3 Responses to "Rémi Brague : « nous ne sommes peut-être qu’au tout début du christianisme »"

  1. Entretien passionnant de Rémi Brague publié par Les Trente jours : (http://www.30giorni.it/articoli_id_5372_l4.htm).

    « Le christianisme n’a rien d’occidental. Il est venu d’Orient. Nos ancêtres sont devenus chrétiens, ils ont adopté une religion qui leur était d’abord étrangère. [...] Être “secondaire” signifie savoir que ce qui se transmet ne provient pas de soi-même, et constitue une possession difficile, fragile et provisoire. Cela implique entre autres qu’aucune construction historique n’a rien de définitif, doit toujours être révisée, corrigée, réformée. »

  2. Garmon dit :

    Très bonne revue, Trente jours.
    Elle s’

  3. Dubitatif? dit :

    Après avoir diminué l’importance des grands passages de la vie, naissance-baptême,
    âge de raison-première communion, etc.
    Après avoir vu les fêtes liées aux cycles agraires disparaître progressivement,
    Brague nous propose d’abandonner l’histoire incarnée du Christianisme.

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