Selon la presse audiovisuelle, « l’Etat français n’a prévu aucune célébration pour cet événement historique : le 19-Mars« .
En ces jours où l’on pense faire disparaître une chose en bannissant le mot qui la désigne ( cf. les mots « race » ou « zone » en attendant d’autres vocables ostracisés ), il est une expression qui perdure indûment alors que sa réalité ou pseudo-réalité a disparu depuis longtemps : « L’Etat français« .
Au lendemain de la débâcle et de la demande d’armistice, la Chambre des députés issue d’ailleurs du Front populaire, a voté les pleins pouvoirs à Pétain pour proposer une nouvelle Constitution, le 10 juillet 1940, lequel s’est empressé le 11 juillet, d’interpréter son mandat comme le droit d’abolir la République et de proclamer « L’Etat français« . De Gaulle, prévoyant et connaissant bien son ancien protecteur, avait pris politiquement et métaphysiquement, si l’on peut dire, les devants en juin 40, en déclarant comme nuls et non avenus tous les actes à compter de ce jour (le 18) qui se réclameraient d’un régime issu de la défaite. Ce qu’il a magistralement confirmé au jour de la Libération de Paris, quand un hurluberlu l’empressait de proclamer la République au balcon de l’Hôtel de Ville, en répondant : « Je n’ai pas à la proclamer : elle n’a jamais cessé d’exister« .
« L’Etat français » n’a donc jamais eu une existence légitime et légale en France ; c’est un fantôme de mots et un fantoche d’Etat. Il n’existe qu’une République française, une et indivible, et, avec l’aimable autorisation temporaire de Bruxelles, un Etat en France. Rappelons à nos Amis monarchistes que si la légitimité du pouvoir d’Etat est bien celle du sol, du sang, et de l’épée, elle ne s’assoit définitivement et avec le consentement de tous que si elle est ratifiée par le suffrage (par exemple le suffrage des Grands au début de la monarchie capétienne). « Là où il y a élection, il n’y a pas usurpation » (Chateaubriand). Pourtant, le fantôme de « l’Etat français » a été en quelque sorte réinstallé par les fantasmes de certains pourfendeurs de « l’idéologie française« , et surtout par Chirac lui-même, reconnaissant la responsabilité de l’Etat français, c’est-à-dire, pour Chirac, la responsabilité de la France elle-même, dans la terrible et barbare rafle des 16 et 17 juillet 1942… Chirac a ainsi foulé aux pieds l’Appel du 18-Juin, qui avait pourtant par avance frappé de nullité toutes les décisions du régime des résignés à la défaite.
Quant au 19-Mars, la France est-elle tenue de célébrer ses défaites ? Un Anglais naguère notait que les Français étaient de drôles de gens en nommant leurs gares du nom de défaites (Austerlitz) alors qu’en Angleterre on avait la bonne habitude de leur donner des noms de victoire, par exemple : Waterloo… D’ailleurs bien des victimes furent déplorées après la date du 19. Que devrions-nous retenir de ce jour ? La fin de la France capétienne. L’oeuvre des Capétiens – après l’échec carolingien de l’Empire et l’abandon subséquent de la Lotharingie – a été d’abord d’établir la souveraineté du Roi en son royaume, puis la recherche de frontières naturelles pour former le Royaume le plus peuplé, le plus vaste et le plus puissant en Europe, enfin la Reconquête de la Lorraine qui était sa mission historique, mais surtout l’agrégation de nombreux peuples les plus divers à l’Ensemble français par le rayonnement de sa culture et de son art de vivre. La IIIème République a cherché à continuer, en la modernisant, cette Oeuvre grandiose qu’on appelle La France, par la politique de colonisation. Erreur complète dans son principe puisque tous les peuples sont adultes, et tous sont civilisés, la colonisation a toutefois eu de remarquables effets ; et notre amitié avec le Maroc recueille encore aujourd’hui les bienfaits du grand Lyautey. Lyautey et De Gaulle, deux grands Capétiens.
Que devons-nous continuer, espérer, croire aujourd’hui ? Si nous voulons vivre et vaincre une fois encore, une fois de plus pour demeurer Français, continuer à parler français, vivre et mourir en France, il nous faut repenser le mythe fondateur de la Nation. C’est URGENT.
© Daniel Depaix, pour Itinerarium


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