05232013Headline:

Point de détail sur la vie en général, l’euthanasie, le genre et l’attitude pro-vie en particulier

Les cathos et autres chrétiens affiliés tournent autour du pot de la vie et tentent de défendre des valeurs de respect et de loi de la nature dans un cadre vaguement républicain. On peut cependant penser à l’attitude d’un assoiffé faisant les cent pas devant un bistrot, à un Gabriel Fouquet traînant devant le Cabaret Normand de Mr Esnault[1]

Que la vie soit une souffrance, une lacrymarum vallae[2], rien de neuf sous le soleil[3] : la science (au sens élargi de la conscience), cette capacité à être[4], attise notre souffrance[5]. Les psalmistes le rappellent, Job l’a crié, les prophètes juifs, le roi Salomon en son Ecclésiaste et les écrivains de tout bord le réaffirment. Nous souffrons nous-mêmes, et nous souffrons de la souffrance des autres : nous nous retrouvons dans l’agonie du Christ et dans les cris des femmes de Jérusalem. Et de cette souffrance, le chrétien se libère non pas par l’affirmation jouissante de soi ni par l’éradication, mais par la mort à soi-même.

La tradition orientale chrétienne mérite en cela une attention particulière. Dans cette perspective, trop occultée en occident et surtout depuis deux siècles, le chrétien s’isole, meurt à lui-même, pour renaître – reposé – dans le Christ[6]. Ainsi, ce n’est plus soi-même qui vit, mais le Christ en soi[7]. Par la foi, la vie éternelle est ainsi déjà commencée[8], et la Trinité peut enfin se refléter en chacun, par chacun. Et cette Trinité rayonne par son être même, creuset d’amour entre trois personnes propres, foyer irradiant de charité, famille se générant et agissant hic et nunc.

Ainsi, lorsque l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) veut «libérer le monde de la souffrance »[9], non seulement elle nie la réalité de la vie, mais elle se positionne frontalement contre le Christ qui seul libère de la souffrance, non pour la supprimer, mais pour la transcender dans la Trinité. Rappelant de fait la révolte originelle, la volonté de l’ADMD n’est une distorsion de la légitime révolte contre la souffrance, en la rationalisant et, se dressant comme déesse, finalement, refusant même la vie. Partant de ce constat – la vie est une souffrance -, l’ADMD en arrive à conclure que cette souffrance soit à ce point insupportable qu’elle doive être annihilée par sa source même, la vie.

Lorsque les pro-choices soutiennent le libre choix d’avorter, ils affirment que la vie est volonté humaine, alors que le chrétien, conscient de la blessure du péché originel, se doit non seulement de « dominer la terre et la soumettre »[10]  mais aussi se souvenir de son acceptation volontaire d’être « comme des dieux »[11], et par là d’accepter non de subir la loi divine, mais d’aimer en agissant en être de morale, c’est à dire éclairé par sa conscience seule, et par Dieu.

Lorsque les théoriciens du gender notent la dimension culturelle dans la construction de l’homme – incontestable -, l’extension à l’affirmation de soi, notamment dans le choix de pratique sexuelle (les cinq genres) revient à s’affirmer contre l’universalité de l’homme et le reflet trinitaire, voire à rejeter le don reçu et affirmer l’identité volontaire (« vous serez comme des dieux »).

Sans l’éclairage du Christ, l’argumentaire chrétien sur les sujets liés à la vie devient fade, sans perspective ni goût. Mais qu’a apporté le Ressuscité aux disciples d’Emmaüs[12] ? La royauté sociale de son nom[13] ? Un ennuyeux sermon sur les mœurs et les pratiques ? Non, sur la route d’Emmaüs, qui est maintenant celle de nos contemporains perdus,  le Christ est venu expliquer, révéler. Les chrétiens étant « fils de lumière », que pouvons-nous donc apporter à ce monde, qui lui soit audible ?

Au-delà des perspectives charitables et amoureuses que les chrétiens tentent de donner en rangs dispersés, le message fondamental est celui  du don de la vie. Nous recevons la vie de Dieu, voire de la nature, dans une perspective plus naturelle. Si nous l’appréhendons en véritable hommes de science et dans l’humilité que la protéiformité biologique et sociale impose, nous nous apercevons que cette  vie nous dépasse. La lier, la subordonner à notre volonté revient à saturer ce monde d’agitations superficielles, d’échanges vides, de transports insensés, et d’oublier l’humilité que le péché originel [14] nous impose.

Moralement – en action -, je laisse la main aux détaillants qui savent décliner les choses…

Ainsi, que la vie soit respectée, car expression fondamentale du don de la nature et de Dieu, et par là même suprême creuset de la charité trinitaire, voilà qui méritait d’être rappelé, avec mes petits moyens. Plus, me semble-t-il, que l’aspect crucial d’un choix de société sans référence, donc très aléatoire.

Jean Dùma, pour Itinerarium


[1] Un Singe en Hiver

[2] Salve Regina et autres références

[3] Ec 1, 9

[4] Ec 1, 18

[5] « Ce que tu désires attise ma souffrance »Jean-Louis Murat / Carla Bruni

[6] « Fuis, tais-toi et demeure en repos », Apophtegme du père Arsène

[7] Ga é, 20

[8] Jn 6, 47

[9] JL Romero, Président de l’ADMD

[10] Gn 1, 28

[11] Gn 3, 5

[12] Lc 24, 13-35

[13] Cf Civitas

[14] Gn 3

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