La morosité est le pain quotidien des Français en ces jours de crise. Assommés par l’incessante cacophonie médiatique et politique, les Français ont compris qu’ils ne devaient plus espérer des jours meilleurs. Contraints de se plier au Credo moderne de la consommation, ils ont dû renoncer aux plus simples bonheurs et leur avenir s’annonce aussi sombre que ce mois de juin. Tout cela à cause d’une crise que chacun commente sans comprendre. Spéculation, libéralisme, capitalisme… nombreux sont les coupables, nombreux sont les ventres encore féconds d’où est sortie cette bête immonde. Depuis maintenant quatre années, la crise remplit le quotidien de la population européenne si ce n’est mondiale et pourtant, telle une hydre, elle ne semble jamais s’éteindre. A peine une victoire se profile-t-elle grâce à « l’union communautaire » (sic) que de nouvelles catastrophes surgissent plus inexpugnables que les précédentes.
Certains avancent, avec raison, que le problème n’est pas seulement économique et systémique, ce que les technocrates bornés peinent à comprendre, mais aussi moral et que, partant, il ne sert à rien de réformer la face émergée de l’iceberg sans s’attaquer à l’autre, à cette face submergée, à ce fléau subreptice. Cependant leur interrogation ne dépasse que très rarement le stade de l’observation. Constatant la problématique éthique de cette crise, ils se dispensent finalement d’en analyser la nature, considérant qu’une morale auto-normée apparaîtra ex nihilo pour sortir l’Humanité des écueils dans lesquels elle s’est plongée. Malheureusement, la Providence est magnanime mais pas magicienne, et si elle offre la victoire elle ne la produit guère ; dès lors il semble nécessaire d’analyser, au mieux, les présupposés moraux de cette crise pour enfin l’enrayer.
Dans ce sens, il faut remonter quarante ans avant le commencement économique de cette crise, en 1968. En cette année de « joie estudiantine », quelques étudiants de l’Université parisienne décident de mettre à bas « l’ordre Bourgeois », pudibond et maniéré. Parmi leurs slogans, des phrases devenues cultes pour la jeunesse d’aujourd’hui comme « il est interdit d’interdire » ou « sous les pavés, la plage ». Leurs inventeurs ? Des fils (ou filles, pas de sexisme !) de bonne famille, férus d’émancipation sexuelle, étudiants en psychologie, en philosophie, en histoire, en économie… Après l’extase, ils se sont séparés mais les idées sont restées, moins virulentes, plus pernicieuses ; une vingtaine d’année après, ces anciens jeunes chevelus se sont embourgeoisés (ou le sont redevenus), préférant le trois-pièces au « patte d’eph, chemise à fleur ». Néanmoins, ils ont infesté la société de leur libertarisme et ont fait triompher le relativisme moral qui mène inéluctablement à la déchéance par l’irresponsabilité qu’elle produit. Ils sont parvenus à abattre la société bourgeoise pour la remplacer par la société adolescente, idéal de leur jeunesse où règne la concupiscence. Cette société, qu’ils ont fécondée, a amorcé le triomphe de l’irresponsabilité en abhorrant l’ordre (nécessairement fasciste). Déjà institué (mais confiné à un usage très limité) depuis 1975, l’avortement est devenu leur cheval de bataille. Emancipateur, ces « anciens jeunes » ont vu en lui la solution miracle : une sexualité débridée et sans risque est enfin devenue possible. Ils se sont également engagés dans le sens de la contraception anonyme et gratuite (ce que ne prévoyait pas la loi Neuwirth de 1967) pour que les jeunes puissent être enfin libérés de l’immonde tutelle des parents.
Ils ont institué une Eglise nouvelle, paradoxalement nommée Planning Familial et l’ont dotée d’un droit d’entrée dans tous les établissements scolaires de France afin d’offrir le choix d’une sexualité libérée à vos chérubins. Par-là, l’irresponsabilité a enfin triomphé : tout est devenu possible, plus d’interdits !
Participant à ce mouvement, de nouvelles luttes sont apparues comme celle pour l’euthanasie (enfin, pour la mort « dans la dignité »), ou encore celle pour les « droits » des LGBT. Une forme de militantisme pour l’irresponsabilité a enfin éclot, considérant caduques les lois naturelles et canonisant la liberté (dans une acception assez étriquée du terme : le libre choix de l’individu).
Y compris hors de la sphère éthique, nombreuses et non moins notables sont les applications de cette irresponsabilité généralisée et orchestrée par nos dirigeants, héritiers de ces « anciens jeunes » libidineux (DSK avait 19 ans en 68…), tant dans les sphères politiques que financières. Ainsi, par exemple, en 2008, quand la crise des subprimes explose et cause l’effondrement d’importants groupes financiers (comme Lehman Brothers), les dirigeants occidentaux décident, pour éviter la débâcle, de recapitaliser les banques pourtant fautives, sans contrepartie (ou presque). Mesure certainement nécessaire, elle est toutefois apparue aux yeux de la population comme une licence étatique à se fourvoyer, à ne se soucier que de l’intérêt privé, à mépriser les règles éthiques les plus élémentaires. En partant de cet exemple, il semble évident que l’irresponsabilité est le générateur et le moteur de cette crise. Dans une société adolescente, une crise est apparue, permise par une déchéance morale qu’il faudra enrayer au fondement ; ainsi le seul moyen de renouveler l’économie mondiale, mais aussi la société civile toute entière (dans le domaine de l’écologie, par exemple, tant humaine que terrestre), serait de réapprendre à la population le sens des responsabilités, en déconstruisant d’abord l’idée que seul le Progrès offre le Salut.


pourquoi chercher midi à quatorze heures?
-Dans une société adolescente, une crise est apparue, permise par une déchéance morale qu’il faudra enrayer au fondement ; ainsi le seul moyen de renouveler l’économie mondiale, mais aussi la société
« la déchéance morale », comme vous dites, n’explique pas le phénomène « européen » que nous constatons.68 n’est pas un argument à l’échelle de l’Occident.
En vérité, c’est le mode de vie que nous avons adopté en 1965 avec principalement l’apparition de la TV une lobotomie d’après le chercheur Michel Desmurget, une » addiction psychologique », avec Facebook, le portable, c’est vrai le sexe , la violence que nous trouvons « normale » dans les séries avec les valeurs qui appartiennent à la culture de la mort, etc.
Notre mode de vie ne permet pas de vie intérieure , de spiritualité, les gens sont de « moins en moins intelligents »(cf le card.A. Vingt-Trois)et de plus en plus pervers(cf Aldo Naouri)
Benoit XVI qui veut que l’on rende à Dieu la place centrale au quotidien est dans le vrai car il convient de supprimer la TV qui a pris cette place centrale dans nos vies.Qui me démentira? C’est la Vérité….ce n’est pas une crise morale qui arrive comme un cheveu sur la soupe.
Je suis en partie d’accord avec vous. En revanche, je m’oppose à vous quand vous prétendez que 68 n’est pas un évènement qui rende compte de la situation dans l’Occident tout entier. En effet, 68 fut, non un évènement français, mais un mouvement de fond mondial qui s’étendit de l’Europe de l’Est aux Etats-Unis (le mouvement a tout de même commencé à San Francisco).
Juste, votre analyse ne s’éloigne pas de la mienne (toute modeste, il est sûr) mais la complète plutôt parce que vous y intégrez des éléments que je n’y avais pas développé. Mais simplement, pourquoi la télé? Je ne pense pas qu’on puisse accuser la télévision en tant que telle (même si…) ; le problème est que la télévision d’aujourd’hui est traversée par des courants libertariens qui plonge la société dans une veille, une adolescence permanente. Entre la fille qui regarde « Plus belle la vie » et la mère qui regarde « Koh Lanta » quelle différence finalement?
Sans croire à la génération spontanée,il est cependant possible d’affirmer que 68 fut un véritable bouleversement que l’argument télévisuel n’explique pas (en 1965, la télé est loin d’être implantée dans tous les foyers français et les programmes sont relativement rares).