05222013Headline:

L’idée d’une charte des blogueurs catholiques

Un seul les réunit tous pour dans la Lumière les lier. Mais entre tous, les ténèbres s’immiscent encore trop souvent. Le « petit » monde des blogueurs catholiques s’est récemment mobilisé autour d’un débat sur l’anonymat des blogueurs, et leurs noms parfois abracadabrants. Mais au-delà, ce débat doit déboucher sur une éthique de la « profession » blogueur, afin de briller, au milieu des milliers de communautés sur internet, par la charité qui règne, en grande maitresse, sur nous.

Ce qui n’est pas a priori gagné. Les sujets abordés sont souvent polémiques, sensibles ; entre bons chrétiens il y a division, conflit des interprétations, et conflit des modes de présentations. Mais on ne sait pas ce qu’il en va du pourquoi et du comment de la position de l’autre, ni même – et surtout – de son rapport intime au Christ. Ce qui nous divise ainsi doit être contrebalancé par une présentation claire de ce qui nous unit. Parce que nous sommes liés par une même réalité, l’Eglise, et  par les mêmes combats qui découlent des certitudes communes de foi, et du Magistère. Il ne s’agit donc pas d’institutionnaliser ou de normer les rapports libres que nous entretenons sur internet, mais de proposer un socle éthique commun qui nous rappèle, in fine, à notre existence de chrétien.

Une idée-boussole qui peut prendre la forme d’une charte, d’un « gentleman agreement« , selon l’expression du blogueur Charles de Vaugirard. Un blogging responsable. Je le décline suivant quatre points, les quatres vertus cardinales du blogueur catholique :

# La prudence, instauratrice d’une distance respectueuse entre les différents commentateurs et blogueurs, mais également entre le blogueur et lui-même : ce afin d’éviter toute « starisation » abusive de soi, et le mépris des autres, ou des nouveaux. Vertu politique aussi : celle de savoir appliquer ses idées (générales) aux contextes et aux situations (particulières).  » Soyez doux comme une colombe et rusé comme le serpent »…

# La justice, qui est plus à vivre qu’à appliquer. On n’applique pas la justice du haut de sa petite subjectivité. Nous ne savons pas ce qu’il en est de l’autre, ni pourquoi il défend des idées qui nous paraissent (souvent) absurdes. Le juste est celui qui rend à autrui sa différence propre, son altérité, voir son étrangeté. N’est pas extrémiste dangereux celui qui veut qu’il le soit. Juste différent.

# Le courage, le blogueur en a déjà, de part le fait même qu’il expose ses idées en public, de les défendre honnêtement.  Mais il doit avoir un surcroit de  courage lorsqu’il faut résister aux critiques, souvent acerbes. Thomas d’Aquin dit que le courage est une force, et que la plus grande force et de résister, non d’attaquer. Même si nos idées ne sont pas du tout dans le mouvement du monde, il faut avoir le courage de les affirmer,  le courage de les défendre, et le courage de résister aux attaques qui en résulte. N’ayez pas peur !

 # La tempérance, dans les interactions, et dans l’expression de sa pensée. Ce qui n’induit pas l’empêchement de toute expression entreprenante, passionnée, voir agressive, selon la stratégie de communication adoptée. Ce qui inclut également le pardon, et l’ouverture à d’autres idées, d’autres interprétations, sans la poussée passionnelle et émotive, souvent trompeuse, toujours hâtive.

© Vivien Hoch, pour Itinerarium 

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10 Responses to "L’idée d’une charte des blogueurs catholiques"

  1. gidmoz dit :

    Votre charte va dans le bons sens, et elle a du bon sens. Néanmoins, dans votre paragraphe sur la « Justice », vous visez, de fait, le « respect de l’autre » et non pas spécifiquement la « Justice ». En effet, le concept de Juste et de Justice est au centre de biens des désaccords. La Justice est liée au Droit. La Justice apparaît comme conforme au droit. Et l’injustice apparaît comme ce qui est contraire au Droit.

    Mais l’injustice, ce même mot! apparaît aussi être un pur sentiment. Ce sentiment induit une condamnation, a priori, de la cause supposée de la souffrance des autres, mais sans aucune référence au Droit. Et sans référence à aucune norme de Droit.

  2. Vivien Hoch dit :

    Oui, certes ! Mais j’entends ici la justice (et les autres) au sens de vertu, donc en rapport direct avec l’existence concrète, non pas au sens de rapport normativisé au droit, fut-il naturel. Être juste, c’est une manièe de vivre, de telle façon que l’on se comporte par rapport à autrui de manière équitable. Selon moi le droit n’intervient pas encore à ce niveau-là.

  3. Ren' dit :

    Une idée à creuser, préciser… En particulier avec nos évêques, si nous voulons que cette charte soit vraiment catholique.
    Tout un travail collectif à faire !
    Motivant ^^

    Je partage sur http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t164p15-les-blogueurs-au-vatican#20698 …Et vais demander son avis à Charles ;)

  4. Jean Dùma dit :

    Pourquoi commenter cet article qui friserait la perfection si l’humilité de son auteur ne devait être conservée ?
    Enfin une bonne balance du discours et pas de vacherie de derrière les tweets ou les mails !

  5. Vivien Hoch dit :

    En tout cas moi, je me tiens à ça. En pleine lumière.

  6. Darth Manu dit :

    Merci de cette proposition, qui me laisse pour ma part profondément septique.

    D’une part, une telle charte ne serait contraignante que moralement, et son efficacité reposerait entièrement sur le discernement de chacun. Et franchement, je ne vois pas comment quelqu’un qui n’est déjà pas capable de débattre sans recourir aux insultes ou aux attaques personnelles changerait soudain son comportement du fait de son existence. Au mieux, il l’ignorera purement et simplement, au pire, il en fera une utilisation tactique, la tordant dans tous les sens pour disqualifier a priori ses contradicteurs, au motifs qu’il ne respecteraient pas « la charte ».

    D’autre part, j’ai bien compris que vous proposez cette charte pour vous même aussi bien que pour vos contradicteurs. Je serais davantage confiant si vous reveniez sur les nombreuses attaques ad hominem et critiques péremptoires que vous avez adressées à certains blogueurs de manière régulière, en m’indiquant comment vous les relisez à la lumière de cette charte, et en quoi celle-ci modifiera sur la forme vottre discours futur. Je prends l’exemple d’un commentaire que vous avez adressé à Koz il y a quelques jours sur Atlantico, qui m’a beaucoup marqué par sa violence et son caractère personnel:

    « Pauvre Koz

    C’est pas un lapsus qui va vous sauver de ce qui est promis aux esprits diviseurs et intolérant. Vous avez plus le souci de vous démarquer des « extrémistes » que celui d’oeuvrer pour la juste cause de la vie.. Cette récupération politique et idéologique de la vie est nauséabonde. Essayez un jour d’être conciliateur ! » http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-pas-possible-poser-questions-ivg-calmement-272381.html

    Troisième point qui me gêne: autant je suis d’accord pour que chacun respecte une forme minimale dans les contradictions qu’il apporte sur internet (ce qui est le sens de votre billet), autant vos commentaires récents sur le blog d’Henry le Barde me laissent supposer que vous voulez également établir une norme sur le fond, du type « tous ensemble contre l’ennemi commu ». Si je suis très attaché à l’unité de l’Eglise, et que je fais tout sur mon propre blog pour répondre de manière respectueuse et argumentée à mes contradicteurs catholiques, je trouve normal de pouvoir exprimer librement mes critiques, m^me sévères, contre tel ou tel blog catholique, quand bien même cela m’amènerait à m’opposer à telle ou telle campagne contre tel ou tel discours, ou telle ou telle oeuvre, prétendument « christianophobe », parce ce que en conscience, mon expérience personnelle me conduit à juger que certaines de ces actions reposent sur une informaton erronée. J’aimerais qu’on soit bien clair sur le fait qu’une telle charte ne viserait pas à faire rentrer « dans le rang » tel ou tel clan, qu’il soit tradi, « bisounours », ou progressiste, mais à rappeler un certain nombre de principes de respect et d’écoute mutuels à des débats dont la virulence sur le fond peut par contre être tout à fait légitime, tant qu’elle reste argumentée.

  7. Je pense qu’avant de vouloir faire une charte des bons sentiments du site Web catholique, de parler de justice, de charité, de prudence et bien d’autre choses, il faut voir le « droit ». Je met à votre disposition une compilation non exhaustive des différents textes du droit ecclésiastique pouvant s’appliquer aux sites Web, cela va du CIC, aux textes conciliaires et autre textes du Magistère.

    Pour des raison pratiques, surtout au vu des émissions radiophoniques, ne permettant pas une autorisation ou contrôle préalable, l’imprimatur n’est plus obligatoire. A la place de cette procédure, le CIC précise :

    « Pour préserver l’intégrité de la foi et des moeurs, les pasteurs de l’Eglise ont le devoir et le droit de veiller à ce qu’il ne soit pas porté de dommage à la foi ou aux moeurs des fidèles par des écrits ou par l’usage des moyens de communication sociale, d’exiger aussi que les écrits touchant à la foi ou aux moeurs, que les fidèles se proposent de publier, soient soumis à leur jugement, et même de réprouver les écrits qui nuisent à la foi droite ou aux bonnes moeurs. » (CIC 823)

    A mon avis, cela pourrait être concrétiser au-près d’un ordinaire du lieu, par une :

    « Objet : déclaration de site web catholique de communication sociales et de soumission au jugement de l’autorité ecclésiale »

    Avec la formule suivante :

    Monseigneur,
    Conformément à la constitution apostolique Lumen Gentium
    « Comme tous les chrétiens, les laïcs ont droit de recevoir en abondance des pasteurs sacrés les ressources qui viennent des trésors spirituels de l’Eglise, en particulier les secours de la parole de Dieu et des sacrements ; qu’ils s’ouvrent à ces mêmes pasteurs de leurs besoins et de leurs voeux avec toute la liberté et la confiance qui conviennent à des fils de Dieu et à des frères dans le Christ. » (LG 37)
    au décret conciliaire Apostolicam Actuositatem
    « On trouve dans l’Eglise un certain nombre d’initiatives apostoliques qui doivent leur origine au libre choix des laïcs et dont la gestion relève de leur propre jugement prudentiel. De telles initiatives permettent à l’Eglise, en certaines circonstances, de mieux remplir sa mission ; aussi n’est-il pas rare que la hiérarchie les loue et les recommande, mais aucune initiative ne peut prétendre au nom de catholique, sans le consentement de l’autorité ecclésiastique légitime. » (AA 24)
    au décret conciliaire Inter Mirifica
    « De leur côté, les évêques auront à veiller sur les oeuvres et les initiatives sur ce plan, en leurs diocèses, à les promouvoir et, dans 1a mesure où elles relèvent de l’apostolat public, à les coordonner, y compris celles qui sont dirigées par des religieux exempts. » (IM 20)
    et au Code de droit canon :
    « Pour préserver l’intégrité de la foi et des moeurs, les pasteurs de l’Eglise ont le devoir et le droit de veiller à ce qu’il ne soit pas porté de dommage à la foi ou aux moeurs des fidèles par des écrits ou par l’usage des moyens de communication sociale, d’exiger aussi que les écrits touchant à la foi ou aux moeurs, que les fidèles se proposent de publier, soient soumis à leur jugement, et même de réprouver les écrits qui nuisent à la foi droite ou aux bonnes moeurs. » (CIC 823)
    J’ai l’honneur de vous déclarer l’existence d’un site web dont je suis responsable :
    http://mositecatho.org
    Je le soumets donc à votre jugement pour ces écrits qui porteraient sur à la foi et aux moeurs.

    Evidement, le site web catholique devrait donc avoir une page précisant au-près de quel ordinaire, en cas de conflit non résolut à l’intérieur de l’organisation du site, il se soumet pour ce qui porte à la foi et aux moeurs.

    En fait un des grands problèmes dans l’Eglise de nos jours, c’est le droit. La Sainte Eglise catholique a toujours été un Etat de droit, qui donne des limites objectives à l’intérieur des quelles sont permises des libertés. Ce n’est pas un espace de bons sentiments; ou celui qui en possède la clé, ferme la porte à celui qui ne pense pas comme lui, cela sans la moindre explication.

  8. Ren' dit :

    Votre lettre est -à mes yeux de fonctionnaire catholique contraint au « pseudonymat » par mon devoir de réserve- une piste particulièrement intéressante (que je partage sur http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t164p30-les-blogueurs-au-vatican#20944 ). Je suis très demandeur de votre « compilation non exhaustive des différents textes du droit ecclésiastique pouvant s’appliquer aux sites Web » !

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