05242013Headline:

La charité est-elle de gauche ? Sur les promesses anti-riches de François Hollande

La presse française se fait régulièrement vitrine du parti Socialiste, d’autant plus lorsqu’il s’agit de dévoiler le programme de Hollande à la présidentielle, vous savez, le candidat qui n’aime pas les riches. Des mesures qui ne sont pas très originales, mais dont je vais retenir ici les propositions fiscales les plus « sociales », et les confronter à l’appétence des voix chrétiennes de la présidentielle.

En effet, les mesures fiscales anti-riches du programme de François Hollande (suppression des niches fiscales, taxation des hauts revenus à 45%, relèvement de l’impôt sur la fortune, abattement sur les successions ramené à 100.000 euros par enfant, etc.), semblent réjouir pas mal de chrétiens qui pensent qu’attaquer les riches afin de promouvoir une égalité forcée est quasiment acte évangélique. Ils pensent évidemment à certains passages marquants de l’Évangile.

  »Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » Mt 19, 23-26

Faut-il comprendre par là que celui qui pense que l’économie ne peut se passer de l’enthousiasme et de l’énergie suscités par la convoitise de l’argent ? C’est là le modèle et le moteur d’une économie libérale : l’appât du gain. En soi anti-chrétien ; on ne peut choisir à la fois Dieu et Mamnon. Mais attention. Rien ne se tranche aussi abruptement. Tout est affaire de finesse, et surtout d’usage raisonné des choses. L’argent également, lorsqu’il n’est plus l’unique raison de vivre (comme pour l’avare), mais replacé comme un simple moteur pour un épanouissement personnel (pour cela, je renvoi aux textes de Saint Clément d’Alexandrie que présente mon collègue sur son blog - quel riche sera sauvé ?)

En effet, l’argent peut être bien utilisé, et donc la cupidité, qui va avec. Bien organiser la cupidité des gens, c’est promouvoir un libéralisme raisonné et raisonnable, qui use avec profit de la volonté d’être riche, une tendance naturelle, que Dieu n’a pas inscrit pour rien dans le coeur des hommes. La cupidité peut entrainer à faire de grandes choses, à bâtir des palais, à entrainer avec soi les personnes plus frêles. La volonté d’être riche est à l’origine de nombreuses aventures, de nombreuses créations d’emplois, de nombreuses innovations. Mais qui a envie d’être riche en lisant le programme de François Hollande ?

Qui est le pauvre ? Pas celui qui n’a pas d’argent. Mais celui qui est pauvre de Dieu, de morale, et d’amour. Que la gauche soit pauvre de Dieu, cela n’est pas une nouvelle, mais devient inquiétant quand à la proposition qui vise à inscrire la laïcité dans la Constitution (voir le débat sur KTO - Laïcité : farouche opposition à Hollande). Pauvre de morale, quand on veut libéraliser le mariage et l’adoption pour les gays, parce qu’on ne fait pas référence à un ordre naturel. Pauvre d’amour, enfin, parce qu’on ne peut pas construire son projet sur le rejet : rejet des « riches », rejet des « valeurs chrétiennes », rejet de l’ordre naturel. Le pauvre n’est pas celui que dépeint le socialiste. Le riche non plus. Si l’Evangile inverse ces valeurs, serait-ce à dire qu’il est l’inverse de la gauche ? 

  © Vivien Hoch, pour Itinerarium 

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13 Responses to "La charité est-elle de gauche ? Sur les promesses anti-riches de François Hollande"

  1. Jean Dùma dit :

    Il faut toutefois avouer que la politique dite « de droite UMP » est assez caricaturale sur les grandes fortunes et le revenu du capital.
    En même temps, on rigole de la notion de « riche » de Mr Hollande (http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-hollande-que-les-gros-17828). 2 salaires de prof, et on est taxé… A moins de revoir le sens de la famille, du ménage, de la communauté de base de la société ?
    Il faudrait un peuple d’entrepreneur à l’américaine un poil plus bordé en matière santé (mais pas au niveau français : vois les relances et visites gratuites dans tous les sens).
    One way ticket, that’s the temptation actually today !

  2. Erasmus Minor dit :

    Cher Vivien,
    tout ceci est fort intéressant mais je ne peux que m’étonner d’une de vos affirmations : en effet, le pauvre n’est certainement pas que le nécessiteux pour l’Evangile mais c’est quand même toujours et d’abord lui. Le Christ nous l’a dit : « des pauvres, vous en aurez toujours » ! Mais il faut quand même toujours chercher à réduire cette pauvreté, cette misère comme disait le père Joseph. Comme je le disais, ce qui me scandalise dans le sarkozisme, c’est justement le mépris pour le miséreux qui est affreux. Ce mépris doit disparaître.
    Après, le programme de François Hollande n’est pas ma Bible, rassurez-vous, mais il ne me semble pas scandaleux contrairement à celui de Nicolas Sarkozy. Mais ce n’est que mon opinion.

  3. Vivien Hoch dit :

    Exactement, mais le pari à prendre est celui qui va de l’avant. Qui ne recule pas pour aider maladroitement la misère, mais qui va de l’avant en lui proposant plus de gâteau, plutôt qu’une part arrachée aux autres. Que ta main droite ne sache pas ce que fait ta main gauche ?

  4. La formule : « promouvoir un libéralisme raisonné et raisonnable » est, si je puis me permettre, une franche erreur, quant à l’emploi qu’elle fait du terme de « libéralisme ». — Il faudrait parler plutôt de « libre disposition personnelle de la propriété privée » et la défendre en effet, du moins sous des formes appropriées. Mais le mot de « libéralisme » nomme quelque chose d’autre, la libre circulation sans frein des biens et des personnes, l’alignement de tous les droits sur celui de la propriété privée (« mon corps est à moi », disent les avortophiles), le refus de toute norme morale intangible, l’illusion de la « main invisible » (« supprimer le salaire minimum et les allocations chômages et vous verrez, il n’y aura plus de pauvres »).

    Le paradoxe, c’est qu’aujourd’hui c’est une application immodérée du droit de propriété et de la libre disposition des biens (sous la forme de l’économie financière, du capitalisme actionnarial déraisonnable, etc.) qui rend impossible la forme la plus légitime de propriété privée, voire la seule qui le soit : celle qui est le fruit du travail personnel et familial et la garantie de l’indépendance de la personne / de la famille.

    Je n’ai rien contre les riches, voire les très riches, quand leur genre d’existence n’empêche pas l’ouvrier économe de s’acheter une maison, par exemple — c’est-à-dire tant que le modèle économique promu ne rend pas impossible, dans la réalité concrète, l’existence de la propriété privée comme fruit accumulé du travail (d’une génération ou de plusieurs, car nous autres pensons les choses davantage à travers la famille, dans sa réalité trans-générationnelle, qu’à l’échelle de l’individu atomisé).

    Cela dit, les mesures de Hollande sont manifestement stupides, précisément selon nos principes, quand on voit les montants concernés, par exemple du côté de la taxation des successions : la somme de 100 000 euros correspond aujourd’hui au prix d’un petit appartement. Ce ne sont pas les riches qui sont visés, mais vraiment ceux qui ont travaillé et accumulé quelque chose dans leur vie, tout simplement parce qu’ils ont eu la « chance » (qui devrait être la norme !) d’avoir un même emploi toute leur vie et d’y accumuler une certaine ancienneté. Bref, critiquer Hollande n’est pleinement légitime qu’a condition qu’il soit clair que, loin de défendre l’indéfendable Sarkozy, on lui oppose, comme aux tyrans de la Rome finissante, un ferme « non possumus ».

  5. Vivien Hoch dit :

    Cher Sebastien,

    J’entend bien la critique que vous faites d’une certaine conception du terme de libéralisme. Mais elle n’est pas non plus la mienne. Les termes changent selon l’usage qu’on en fait. Lorsque je parle de « libéralisme raisonnable et raisonné », il ne s’agit justement pas de l’hyper-libéralisme économique et moral justement critiqué par tous (Sarko compris), que personne n’a le cran de stopper. Un libéralisme raisonnable et raisonné (idée à la mode…) dit justement le contraire de ce que vous décriez, à juste titre.

    J’entends bien le paradoxe que vous pointez : trop de libéralisme économique tue les droits individuels (comme la propriété privée, désormais quasi-impossible – enfin sur Paris, à Rouen je ne sais pas) qui pourtant le fondent. Parce que (je reviens au philosophique) on déchaine la cupidité jusqu’à l’état de nature plutôt que d’utiliser cette nature et de la sublimer en vertu, et pourquoi pas, avec la grâce de Dieu, en vertu théologale. Et la grâce ne supprime pas la nature. Elle garde ses instincts premiers, bons, donc l’anti-libéralisme primaire (communauté de hippie) est une erreur (n’est-ce pas certains ?). Aussi : cupidité (nature) devient courage (vertu) puis charité (vertu théologale), sans rien supprimer de l’impulsion première, la cupidité. C’est ce que je voulais dire ici. Raisonnable = rendre vertueuses (rôle du politique depuis Aristote) les impulsions naturelles – donc non pas s’ingérer dans la vie des gens, mais leur donner lin cadre strict dans lequel ils sont libres.

    Bref, il n’est pas question de défendre Sarkozy (je ne suis pas mandaté par l’UMP), incapable de proposer cette sublimation généralisée ; mais de la proposer, justement.

    PS : Levinas ou l’Evangile… Bien que fasciné par Levinas, je n’ai jamais accepté son alterophilie et sa haine du Même. Genre d’attitude qui fut (et est) la cause de beaucoup de désagréments actuels. J’adore Levinas, mais pour faire l’inverse de lui.

  6. Jean Dùma dit :

    Toujours en rappel, la crise est d’abord morale (le « je fais n’importe quoi en égoïste » des acteurs économiques et politiques Vs le « juste action dans ma position ») et non systémique (nature du système libéral).

    Pour le fun, et en mode elliptique, voici une raison pour laquelle cette crise des riches est une crise morale avant tout. ATTENTION -18 ANS. http://www.buzzmoica.fr/article/photo-du-godemichet-de-lilianne-bettencourt-25059.
    Que le webmaster censure ce dernier point s’il le juge nécessaire !

  7. Vivien Hoch dit :

    Je soussigne et approuve ! Arrêtons de nous battre contre des moulins à vent (libéralisme, capitalisme) et attaquons-nous aux vraies causes !

  8. Anonyme dit :

    C’est bien d’une extréme pauvreté d’être cupide ! Le libéralisme est simplement là pour apporter de la richesse à tous, à tous !!!! Prenez exemple sur l’Irlande !!!

  9. La cupidité dit :

    C’est bien d’une extréme pauvreté d’être cupide, le libéralisme est simplement là pour créer de l’emploi et dela richesse pour tous, tous !!! Prenez exemple sur l’Irlande

  10. Vivien Hoch dit :

    Je ne pensées que lel ibéralisme soit ce système démoniaque que tous dénoncent. Bien au contraire, il me semble que c’est un grand acquis de l’humanité chrétienne. Quand il est vertueux…

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