Chronique
» Bien entendu c’est la bataille de France et c’est la bataille de la France «
Où sont les Lecanuet, les Delors, les Giscard , tous ceux qui souriaient avec dédain et un soupçon de honte dès qu’on évoquait devant eux la vocation exceptionnelle de la France, et qui n’avaient de cesse de dissimuler cette faute de goût et de tact par des analyses intelligentes sur l’époque des pays-continents et de la construction européiste-fédéraliste faisant enfin litière de ce chauvinisme ridicule et populacier ? Le seul écran au spectre qui se profile, le seul barrage qu’ils dressent face à l’ouragan qui vient, c’est le désuet et nocif « pas d’amalgame, pas de stigmatisation » sans cesse invoqué et indéfiniment subverti par les réalités, tant il est vrai que le réel est ce qui revient toujours à la même place ! La France par la coutumière et presque atavique impérétie de ses dirigeants, au carrefour de tous les dangers du siècle passé et du nouveau siècle qui nous dévore, a plus qu’une autre Nation en Europe, rendez-vous avec la mort, en tout cas avec elle-même : question de vie ou de mort, car nous savons depuis un bout de temps que les civilisations , elles aussi, sont mortelles. Certes, la Grèce connaît, semble-t-il, un sort plus terrible, étant immolée à l’autel de la Dette pour servir d’ exemple aux peuples « emprunteurs », par les bourreaux-banquiers du FMI (parfois en porte-jarretelles) peu rassurés par les Etats qu’ils martyrisent ; mais, au moins, elle fait front, la Grèce, comme Nation tragique, unie, homogène ! Le destin de la France est tout autre et une fois encore ce qui se passe chez elle est décisif pour le destin du monde.
Où en sommes-nous réduits ? Quelle crise, vainement différée par des mots et provoquée effectivement par une politique anti-nationale et anti-populaire dont les causes ont été mille fois analysées dans les discours politiques disponibles, devrons-nous à la fin affronter ? L’histoire nous l’impose et l’affaire Merah nous contraint d’y penser. Comment arrêter le glissement mortel et insensible vers la catastrophe dès que nous comprenons que ni le discours officiel « pas de stigmatisation, pas d’amalgame » ni encore moins le discours complémentaire de « l’insurrection civique » ne retiennent nos pas sur cette pente fatale.
Insistons un instant sur ce dernier discours, le discours-mélenchon, discours sententieux au doigt levé d’instituteur en blouse grise, règle en fer en main pour les récalcitrants et sifflet réprobateur à la moindre pensée non politiquement correcte, cédant lourdement à la tendance à se prendre pour un Robespierre devant un public d’enfants.
Vexée d’être considérée comme moins dangereuse pour le « système » que le Front national, traité, lui, avec la même bassesse par les médias que naguère le Parti communiste et selon la raison inverse, à savoir maintenant d’avoir l’indécence d’aimer son pays dans sa patrie même, l’hystérie de gauche s’est dépéchée de satisfaire ses maîtres et de resservir la rhétorique des bouffons solennels, celle de « la République des camarades », celle des régimes d’Assemblées, c’est-à-dire des combines et des combinaisons, pour fustiger » l’extrême-droite », pensant résoudre la question du pays en baillonnant une des ses parties et en la noyant durablement sous le nombre de l’immigration et des régularisations massives.
Car la France au coeur de ces tribulations se pose la question de toutes les victimes : « pourquoi moi ? pourquoi maintenant ? » Et comment cela n’arriverait-il pas à un pays habitué à la prospérité et dont l’équilibre repose depuis plusieurs siècles sur des classes moyennes nombreuses et anciennement réparties sur tout le territoire, aujourd’hui comptant officiellement 8 millions de pauvres ? Comment après trois guerres et deux siècles de rivalité voir l’Allemagne réunifiée, Berlin prépondérante économiquement, politiquement, internationalement, la voir prendre l’hégémonie et connaître des velleités d’abandon du partenariat privilégié avec lui ? Un pays agricole, concurrencé sur son marché alimentaire et dont les produits de qualité sont banalisés , normalisés sous l’étiquettage anglicisé de Bruxelles ? Un pays industriel perdant des millions d’emploi dans l’industrie, et bientôt dans le tertiaire ? Un pays où G Pompidou affirmait que la France ne supporterait pas 500000 chômeurs et qui en dénombre 5 millions ? Et surtout un pays quinze fois séculaire auquel se sont agrégés continûment les peuples les plus divers aux parlers les plus variés se fondant peu à peu dans l’Ensemble français en assimilant d’une manière originale et non éthnocidaire la langue et les coutumes françaises (quoi de plus national que le particularisme savoyard, auvergnat ou breton ? ) découvrant au rythme des psychodrames des centaines de « Quartiers » ( entre 600 et 800 ), en dehors de la juridiction des lois ordinaires, et des millions de personnes issues de populations allogènes, naturalisées ou non, vivant dans un univers culturel et selon des références totalement hermétiques aux plus ouverts et dans des langues constituant jusqu’aujourd’hui une véritable barrière.
Notons au passage que l’immigration fut une chance, économique et même politique à considérer les années dites de plomb en Allemagne et en Italie ; la tension féconde bien gérée par les syndicats entre « travailleurs français et travailleurs immigrés », a évité les graves crises qu’ont connues nos voisins à cette époque. Mais la situation s’est renversée, et cela n’étonne personne en Europe, exception faite des journalistes médiatiques qui célèbrent les vertus de Bruxelles pour résoudre les problèmes de minorités nationales en Europe centrale et orientale et ne voient toujours pas, et vraiment pas les problèmes posés à la France par des millions de personnes maintenues dans la relégation sociale et le sentiment d’exil intérieur dans leur propre pays, ou au moins leur pays d’adoption.
Peu à peu, chez nous, hélas, se cristallisent toutes les oppositions et tous les problèmes que posent la vie et l’histoire, en une confrontation entre les Français de coeur, de moeurs et de tradition, et les autres, Français ou non (car que signifient des papiers dans une telle occurrence ), personnes certainement estimables et mises là directement ou par héritage dans ce lieu et cette situation par des politiques insensées, sans le vouloir et sans en être pour l’essentiel responsables.
Les avertissements, les conseils, les objurgations, les élections, les référendums, les attentats, les crimes, rien n’y a fait : une réponse, ne varietur : « pas d’amalgame, pas de stigmatisation » . Il est maintenant évident que ce mot d’ordre est impuissant et nourrit ce qu’il prétend éviter : la guerre civile. Mais précisément pour ne pas avoir le déshonneur et la guerre, pour reprendre une expression célèbre en une toute autre circonstance, il nous faut regarder la situation en face, dire la vérité, et surtout proposer des voies et des moyens pour ouvrir un avenir commun non d’harmonie parfaite mais établi sur des bases saines où tous les conflits et différends de la vie sociale et politique devront à nouveau être réglés selon une référence commune, celle du droit . « Un Etat qui n’a pas les moyens d’effectuer des changements n’a pas les moyens de se maintenir » (E. Burke ).
Qui nous évitera ce malheur ? Comment conjurer les affres d’un tel conflit auquel d’ailleurs nul n’a été préparé et qui constitue un scandale moral bien sûr mais aussi une débâcle politique dans une Europe qui se voulait comme une seconde Suisse aux dimensions de tout un Continent, maintenue en dehors de l’Histoire et préoccupée seulement de s’enrichir et de jouir (Suave mari magno….).
Comment ? Comment résout-on les contradictions au sein du peuple quand elles portent sur des populations en voie d’exclusion et de dissidence, quand ces contradictions en sont à un point d’exacerbation rentrée et mal contenue par la police de la pensée qui diabolise les effets et entretient sourdement les causes ? Par la définition de voies et de moyens, sur le plan culturel, intitutionnel, et historique.
Pour éviter vitalement la dérive vers l’émeute, il conviendrait tout d’abord et il me semble dès l’automne prochain, d’organiser de grands forums dans les médias, un peu sur le modèle de ce qui a été fait lors de la flambée des banlieues en 2005, malheuresement sans effets durables, sur les problèmes et l’état d’esprit actuels; de publier enfin tous les chiffres calculés honnêtement de l’immigration et des banlieues dans tous leurs aspects; de convoquer des sortes d’Etats généraux de l’immigration et des banlieues pour en faire le bilan et ouvrir des perspectives, d’en faire ratifier les conclusions par un référendum.
(Il aurait été d’ailleurs également utile -comme Chirac l’avait promis en son temps, et bien sûr ne l’a pas fait- de procéder ainsi pour l’Education car sa faillite elle aussi atteint maintenant des dimensions nationales)
Au plan institutionnel, il est temps de modifier les règles de constitution et de fonctionnement du CFCM, et de ne plus le former à partir des mètres carrés des mosquées mais sur une base sociologique d’appartenance reconnue à la communauté musulmane, quel que soit le degré de la pratique religieuse , comme l’avait prévu le prudent Gilles Keppel. Il nous faut aussi reformuler la laïcité d’autant plus invoquée qu’elle est inexistante, et surtout en faillite, aussi bien à l’Ecole où elle n’a plus aucune prise réelle sur les esprits, qu’elle est bafouée par la triche, le copier-coller, les fuites, le système du moindre effort, l’individualisme, le laisser-aller, la dérision de toute autorité, le prestige imbécile de l’argent et de la gloire de pacotille; et dans l’Etat où les communautés bras dessus-bras dessous viennent en célébrer en costume traditionnel parfois les charmes sur le perron de l’Elysée…
Au plan historique enfin, un vaste mouvement de discussions ouvertes, de mises en questions réciproques, de libres interpellations en vérité, et si possible dans la charité, sur l’horizon commun de l’amour de la France, soit à la faveur des Journées de célébration nationale, soit à celle des commémorations et manifestations du Travail afin de crever les abcès, apurer les comptes, liquider les contentieux sans trop de dégâts . Et faire mentir la parole de Mao pour lequel « la politique est une guerre sans effusion de sang, et la guerre une politique avec effusion de sang « .
Faire renaître l’espoir, ouvrir ensemble les voies d’un avenir commun, trouver de nouvelles formes de vie qui soient aussi des forces de vie, de nouveaux points d’équilibre dans la confiance rétablie des citoyens, de tous les citoyens envers eux-mêmes, tous et chacun, voilà la tâche que l’histoire impose à tous les peuples exposés aux plus grands brassages et aux mouvements migratoires gigantesques jamais connus depuis les tout débuts de l’aventure humaine, et il revient une fois encore à notre pays, parce que nous sommes la France, de mener à bien cette bataille : la nouvelle bataille de France et bien entendu la bataille pour la France.



