05222013Headline:

À nos pornocrates : la luxure est un péché mortel

Enseignement

« Parmi toutes les guerres, les plus dures sont les combats de la chasteté, où la lutte est quotidienne, mais rare la victoire. » (Saint Augustin)

     DSK, rue 89, et la politique selon les magazines porno et le taux d’alcoolémie… Vers quelle société allons-nous ? La luxure, vice désordonnateur d’une existence, n’est pas seulement mortel pour une carrière politique ; elle l’est pour une société tout entière. Ce n’est pas seulement DSK qui pèche lourdement. Il n’est qu’une simple occasion de dévoiler à la face du monde la nocivité et le caractère déshumanisant d’une telle déviance. Nos piètres journalistes ne se cachent plus de faire de la vulgaire politique-sexe dévoilant une société licencieuse et débauchée. J’en tiens pour témoin l’article de mon collègue : vers la pornocratie. Très grave. Car la manière dont on aime dit ce que nous sommes. Riposte vertueuse à une déviance globalisée de la société, avec Jean-Luc Marion, Bossuet et saint Thomas d’Aquin.

            Dis-moi qui tu aimes, je te dirais qui tu es.

Si, comme le dit l’Académicien et philosophe Jean-Luc Marion, «  L’amour ne dérive pas de l’ego, mais le précède et le donne à lui-même », alors l’amour détermine notre moi. C’est en aimant qu’on se donne à soi-même. Car avant même que d’être, c’est la question « m’aime-t’on? » qui « détermine originairement ce que je suis par ce pour qui je suis » (Jean-Luc Mation, Le phénomène érotique).  On est quelqu’un parce qu’on est pour quelqu’un. C’est parce qu’il y a un Autre à aimer que la vie vaut la peine d’être vécu – qu’il vaut la peine d’être. On est, parce qu’on aime.

            Dis-moi comment tu aimes, je te dirais comment tu es.

Si l’amour détermine notre être, la manière dont on aime déterminera ma manière dont on est. Et s’il est bon d’aimer pour l’Autre, il n’est pas bon d’aimer pour soi. L’homme qui s’aime lui-même renverse l’ordre de l’amour. Ou plutôt le désordonne. Car l’amour n’est pas fait pour soi. On n’existe pas pour soi, car nous avons le monde en spectacle. A moins de se regarder soi-même, et de vivre de sa finitude fermée sur elle-même, de devenir son propre spectacle. Saint Thomas relève la facétie, la sottise, et la bouffonerie de telles attitudes : « la luxure entraîne l’irréflexion et la précipitation, le résultat est qu’elle fait se répandre en des paroles légères et inconsidérées, qu’on appelle  » bouffonneries « . » (Saint Thomas d’Aquin, Somme de théologie, II-II, qu. 153, art. 5). Et ce que l’on est par un amour désordonné, c’est un être désordonné.


 
            Un être désordonné est un être servile

 Plus encore que bouffon, l’aimant désordonné est servile. Il ne se met pas seulement en spectacle lui-même, mais devient esclave de son propre spectacle. Les talents de prêche de Bossuet le manifestent tragiquement : « Nous ne saurions trop déplorer les misères et les passions insensées où nous jette notre corps mortel ; et tout ce qui y attache, comme fait l’amour du plaisir des sens, nous fait aimer la source de nos maux, et nous attache à l’état de servitude où nous sommes. » (Bossuet, Traité de la concupiscence, 1821)

***

   Petite riposte de puritain, réac ou catho intégriste ? Je vois déjà les « modernistes » et les « progressistes », les « anti-morale » de gauche, féministes ou libérateurs des mœurs s’offusquer et en appeler à la liberté de tout un chacun de diposer de son corps et de sa vie. D’une part, je préfère rester avec Bossuet, Marion et Thomas d’Aquin, qu’avec des ados condamnés à boire du rosé sur les quais de Seine. D’autre part, il leur est tout à fait loisible de devenir un être sot, facétieux, bouffon et servile. Peut-être est-ce là le mystère profond de la liberté humaine : de devenir con.

Lire  aussi : vers la pornocratie

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